| PRODUCTION, TOUT COMPRIS
En production de pièces mécaniques, l'idéal serait
de pouvoir fabriquer en un seul passage des pièces complexes en
petits lots, au coût d'une production grande série. Les constructeurs
de machines transfert ont, en général, bien assimilé
cette tendance. L'un d'entre eux l'a intégré de manière
véritablement originale.
Buffoli Transfer SpA (00775) est un constructeur italien de machines transfert
qui se positionne comme l'un des premiers sur le marché européen.
Buffoli naît en 1958, à partir de 1976, avec la première
machine pour l'usinage de pièces complexes en 4 directions et un
seul serrage installée à l'usine de Chaffoteaux & Maury
à Saint-Brieuc, se spécialise dans la production de pièces
complexes inscrites dans un cube de 300mm ou de pièces façonnées
au tour de 350 mm de longueur maximum. Plus de 800 machines produisent
des pièces pour l'automobile, l'hydraulique, la connectique ou
l'aéronautique, aussi bien aux USA qu'en Asie ou en France. Afin
d'apprécier la qualité de sa fabrication, Mach'Pro s'est
rendu dans ses ateliers de Brescia.
Intégration de la qualité
Buffoli Transfer emploie 70 personnes dont 21 travaillent dans ses bureaux
d'études mécanique et électromécanique. L'atelier
de Brescia est équipé de machines précises, comme
une SIP pour l'usinage des bâtis ou une rectifieuse par coordonnées
Moore assurant la finition des alésages les plus précis.
D'autres pièces proviennent de la sous-traitance locale, mais tous
les composants vitaux sont trempés et rectifiés. Les structures
mécano-soudées sont renforcées avec du béton
de synthèse afin d'offrir une capacité d'amortissement des
vibrations optimale. Fondateur de l'entreprise, D. Ing. Buffoli précise
le souci permanent d'intégration de la qualité : "
Un constructeur de machines doit intégrer une qualité dix
fois supérieure à celle demandée en production. C'est
en contrôlant mieux les moyens de production que l'on arrive à
produire des pièces bonnes du premier coup et en continu ".
Cette philosophie se retrouve dans la machine Trans-Bar, évolution
d'une machine transfert vers l'usinage à partir de barres jusqu'à
75mm de diamètre. Tout d'abord, la qualité de l'ensemble
tient à une conception particulièrement originale. Si elle
a tout du multibroche, cette machine part d'un chargeur de barres statiques.
Sur un axe de rotation largement dimensionné, le barillet est central
et dispose d'une douzaine de stations de prise de pièces. Au premier
pas, l'opération de tronçonnage détache le brut de
la barre. Ensuite, les diverses opérations avant (5), puis arrière
(5) se font successivement, un déplacement longitudinal de la pièce
intervenant entre les deux groupes d'opérations. Cette astucieuse
disposition confère au Trans-Bar une plus grande productivité
par rapport au multibroche, avec la possibilité de finir les pièces
les plus complexes à l'aide d'un nombre important d'outils disponibles
(jusqu'à 38 broches). Cette grande productivité se combine
à la rapidité des changements de série d'un tour
mono-broche à commande numérique. L'accessibilité
des pinces de serrage et des porte-outils, les deux à changement
rapide, est excellente et, pour peu qu'un banc de pré-réglage
d'outils soit à disposition, le changement complet d'outillage
demande seulement 20 à 60mn. Un arrosage généreux
lave cette zone avec efficacité de toute présence de copeaux.
De plus, tous les éléments délicats dont la précision
dépend, tels que les codeurs incrémentaux, les moteurs et
les vis à bille, sont à l'extérieur de la zone d'usinage.
Summum en intégration de la qualité, un mesureur de couple
par broche est connecté à un logiciel d'analyse des forces.
Pour chaque opération d'usinage, il va contrôler et détecter
le taux d'usure de l'outil, voire son bris éventuel. En cas d'anomalie
grave, la machine est alors stoppée. Lorsque l'usure constatée
entre dans un cadre normal, la CNC en est informée automatiquement
et le correcteur d'outil est modifié pour que les pièces
restent dans les tolérances. Lors d'un essai client ce jour-là,
la machine a corrigé ainsi une cote de roulage de 0,02mm en 3h,
sans aucune intervention humaine. La machine Trans-Bar est capable de
produire jusqu'à 10000 pièces à l'heure, en fonction
des pièces à usiner.
La simplification du complexe
Lors de la Bimu récente, Buffoli Transfer présentait sa
nouvelle machine Omni-Turn, aussi astucieuse que la précédente,
mais permettant la production de pièces encore plus complexes et
plus longues. Il s'agit en réalité de deux machines mises
côte à côte, disposant d'une seule alimentation par
robot polyarticulé, avec système de reconnaissance par vision.
En premier lieu, une table rotative suspendue assure l'usinage des deux
extrémités, l'ébauchage des surfaces extérieures
et intérieures, les opérations de fraisage et perçage
avec des outils rotatifs, pièces fixes. Un manipulateur intégré
dispose ensuite les pièces semi-ouvrées dans le mandrin
ou entre les pointes de trois tours verticaux, dotés de multi tourelles
pour tournages intérieurs et extérieurs. La combinaison
des opérations de tournage permet de s'affranchir de la durée
la plus longue d'usinage, par traitement parallèle échelonné
de la gamme. Ainsi, une pièce hydraulique en acier est-elle finie
en seulement 11 secondes, alors qu'elle demandait presque deux minutes
auparavant. Le traitement des fluides et des copeaux est rassemblé
dans un seul groupe. Là encore, la production est contrôlée
directement par la mesure d'effort. Toutes les secondes, le logiciel effectue
50 à 100 relevés afin de détecter et de corriger
toute anomalie. Cette machine permet ainsi la production de pièces
aussi complexes que des arbres à cames de compresseur frigorifique,
à des coûts surprenants (10 secondes).
Compter avec l'innovation
On comprend que l'Omni-Turn ait obtenu un prix de Rome pour l'innovation.
Mais la technologie ne vaut que par la rentabilité qu'elle permet.
Les deux machines du constructeur transalpin représentent chacune
un investissement lourd qu'il convient de savoir amortir. Outre la rapidité
d'exécution, le fait de produire des pièces toujours bonnes
et sous contrôle SPC constitue le principal élément
d'amortissement à prendre en compte. Un autre tient au fait que
ces machines travaillent avec une surveillance humaine réduite,
diminuant d'autant leur taux horaire. Enfin, le passage unique dans une
seule machine pour une fabrication complète supprime les en-cours
naturellement et réduit les délais de production à
leur plus simple expression. Une tonne d'acier reçue la veille
peut être livrée sous forme de pièces finie le lendemain.
Accélérer la réalisation de la plus-value, c'est
aussi une tendance qu'a bien comprise le constructeur transalpin.
Michel Pech
mpech@machpro.fr
Photo 1: D. Ing. Buffoli, fondateur de l'entreprise, a initié
la philosophie de l'entreprise autour de solutions simples pour des pièces
complexes. Derrière lui, le Trans-Bar concurrence directement les
multibroches avec de nombreux atouts.
Photo 2: Le barillet central du Trans-Bar abloque les pièces
sur la gauche pour l'usinage avant et après sur la droite pour
l'usinage arrière. La technologie d'usinage à pièce
fixe permet d'effectuer des opérations transversales, hors-centre
et inclinées, en améliorant ainsi la précision d'alignement
entre les opérations. Les cotes sont maintenues plus constantes
et, grâce à la possibilité de finir des diamètres
intérieurs et extérieurs simultanément, la concentricité
peut être particulièrement précise. En bas, la première
opération de sciage se fait à partir d'une barre immobile.
Photo 3: Prix de Rome de l'innovation, la machine Omni-Turn combine
un transfert rotatif pour les opérations de reprise, avec trois
tours verticaux. Le robot permet un long travail sans surveillance.
Photo 4: Cette pièce hydraulique longue tombe finie toutes
les 11 secondes, alors que son usinage demandait auparavant près
de deux minutes de travail. Au second plan, les trois centres de tournage
vertical.
Photo 5: L'usinage et le montage des éléments de
précision sont assurés par Buffoli Transfert. Ici, le montage
des broches est effectué suivant une procédure de qualité
rigoureuse.
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